1. Qu'est-ce que la chute libre ?

Laisser tomber un objet depuis une hauteur — tout le monde a vu ça. Mais ce que la physique appelle chute libre est un cas précis : un objet qui tombe sous la seule action de son poids, sans aucune résistance de l'air, sans frottement d'aucune sorte.

Dans la réalité, l'air freine toujours un peu. Mais pour une bille en métal, une pierre, ou tout objet dense et rapide, l'air est négligeable — et on se ramène à la chute libre. Dans le vide (sous une cloche à vide par exemple), c'est parfait.

Définition

La chute libre est le mouvement d'un objet soumis uniquement à son poids (aucun autre force). Elle est rectiligne (en 1D : axe vertical) et uniformément accélérée (MRUA) avec a = g ≈ 9,8 m/s² dirigée vers le bas.

2. Application de Newton 2 — démonstration

On applique le principe fondamental de la dynamique (F20) à l'objet en chute libre. Bilan des forces : une seule force, le poids P = m·g vers le bas.

Démonstration : ΣF = ma → a = g
  1. Système : l'objet en chute (masse m).
  2. Bilan des forces : P = m·g (seule force, vers le bas). Pas de réaction normale, pas de frottement.
  3. Axe y : sens positif vers le bas. Projection : ΣFy = P = m·g
  4. Application PFD : m·g = m·a → a = g ≈ 9,8 m/s² vers le bas.

La masse m se simplifie des deux côtés. C'est la conclusion la plus remarquable : l'accélération est indépendante de la masse. Une plume et un boulet de canon tombent à la même accélération dans le vide. Galilée l'avait pressenti depuis la Tour de Pise — Newton l'a prouvé.

a = g ≈ 9,8 m/s² Accélération en chute libre — indépendante de la masse
3. Les équations du mouvement

On choisit un axe y orienté vers le bas, origine au point de départ. Si l'objet est lâché sans vitesse initiale (v0 = 0) :

v(t) = g · t Vitesse en fonction du temps (départ depuis le repos)
y(t) = ½ · g · t² Position en fonction du temps (départ depuis le repos)

Si l'objet est lancé avec une vitesse initiale v0 (vers le bas, dans le sens positif de l'axe) :

v(t) = v0 + g · t     y(t) = v0 · t + ½ · g · t² Cas général — avec vitesse initiale

Une formule pratique relie vitesse, position et accélération sans faire apparaître le temps — utile quand on ne connaît pas t :

v² = v0² + 2 · g · h Relation vitesse-position — h = hauteur de chute
Objet en chute libre avec axe y, vecteurs vitesse et poids
Fig. 1 — Schéma de la chute libre · F21
Graphes y(t) parabole et v(t) droite pour la chute libre
Fig. 2 — Graphes y(t) et v(t) · F21
4. Durée de chute et vitesse d'impact

Pour un objet lâché depuis une hauteur h, départ de repos :

t = √(2h / g) Durée de chute depuis la hauteur h (v₀ = 0)
vimpact = g · t = √(2 · g · h) Vitesse à l'impact (v₀ = 0)
Hauteur hDurée tVitesse à l'impactÉquivalent
1 m (rebord table) 0,45 s 4,4 m/s 16 km/h
10 m (3 étages) 1,43 s 14 m/s 50 km/h
45 m (Tour Eiffel 1er étage) 3,03 s 29,7 m/s 107 km/h
324 m (sommet Tour Eiffel) 8,13 s 79,7 m/s 287 km/h
💡

Règle pratique : chaque seconde de chute libre ajoute environ 10 m/s à la vitesse (avec g ≈ 10 m/s²). Après 1 s : ~10 m/s, après 2 s : ~20 m/s, etc. Et la distance parcourue est proportionnelle au carré du temps : après 2 s on a parcouru 4× plus qu'après 1 s.

5. Le résultat de Galilée — tous les objets tombent pareil

L'expérience de la Tour de Pise (attribuée à Galilée, vers 1590) démontre qu'une boulet de 10 kg et une balle de 1 kg lâchés en même temps touchent le sol au même instant. Aristote pensait que l'objet plus lourd tomberait 10 fois plus vite — il avait tort.

On l'a vu dans la démonstration : la masse m se simplifie dans ΣF = ma. C'est parce que la force de gravité est proportionnelle à la masse (P = mg) et que l'inertie est aussi proportionnelle à la masse (ΣF = ma). Ces deux effets se compensent exactement — et l'accélération résultante est g, indépendante de m.

⚠️ Deux erreurs classiques

Erreur 1 : « Un objet lourd tombe plus vite. » → Faux en chute libre. L'air crée une différence dans la réalité (une plume est freinée, pas une bille de plomb), mais c'est l'air, pas la gravité. Dans le vide, ils tombent identiquement.

Erreur 2 : Écrire les équations sans avoir choisi un axe et un sens positif. Si le sens positif est vers le bas, g est positif (+9,8 m/s²). Si le sens positif est vers le haut, g est négatif (−9,8 m/s²). Choisir, écrire, et ne pas changer d'avis en cours de calcul.

⚡ Hors-programme — pour les curieux

Avec résistance de l'air : la vitesse limite. En réalité, l'air exerce une force de frottement fair proportionnelle au carré de la vitesse (f = k·v²). Au fur et à mesure que v augmente, fair augmente aussi, jusqu'à compenser exactement le poids : ΣF = P − fair = 0, donc a = 0. L'objet atteint sa vitesse limite (terminal velocity). Pour un parachutiste sans parachute : ~200 km/h. Avec parachute ouvert : ~20 km/h. La différence, c'est k — la surface et la traînée.

✏️ Exercice — La bille lâchée du pont
Bille lâchée depuis un pont de hauteur h
Fig. 3 — Bille en chute libre depuis un pont · F21

Une bille est lâchée sans vitesse initiale depuis le dessus d'un pont situé à h = 20 m au-dessus de la rivière. On prend g = 9,8 m/s² et on néglige la résistance de l'air. Axe y positif vers le bas, origine au point de lâcher.

1. Faire le bilan des forces sur la bille pendant la chute.
2. En déduire l'expression de l'accélération a (en amplitude et direction).
3. Calculer la durée de chute t jusqu'à la surface de l'eau.
4. Calculer la vitesse d'impact v à l'arrivée dans l'eau.
5. Bonus : à quelle hauteur se trouve la bille à t = 1 s ?

Voir la correction

1. Bilan des forces : une seule force, le poids P = m·g vers le bas. Pas de support → pas de réaction normale. Pas d'air → pas de frottement.

2. Application PFD (axe y vers le bas) :
ΣFy = P = m·g = m·a → a = g = 9,8 m/s² vers le bas.

3. Durée de chute :
y(t) = ½·g·t² → h = ½·g·t² → t = √(2h/g) = √(2×20/9,8) = √(4,08) ≈ 2,02 s

4. Vitesse d'impact :
v = g·t = 9,8 × 2,02 ≈ 19,8 m/s ≈ 71 km/h

5. Bonus :
y(1) = ½ × 9,8 × 1² = 4,9 m en dessous du point de départ. Il reste 20 − 4,9 = 15,1 m à parcourir.